Paris? Non merci…

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[Article datant de 2012] Il y a quelques mois, je suis allé à Paris rencontrer un éditeur qui a proposé d’éditer mon livre au format papier d’ici la fin 2012. J’ai accepté malgré des conditions financières pas forcément tip-top dans la mesure où la rémunération n’est pas le paramètre numéro 1 dans le choix de faire éditer mon livre, mais au contraire je recherche à me faire un réseau dans le domaine éditorial et à me créer une crédibilité autour de mon vaisseau amiral Candix.

Bref, je suis allé à Paris et je me suis rendu compte d’une chose que Polichinelle avait remarqué depuis belle lurette : Paris est horriblement cher. Rapporté à sa surface, il est moins cher (au m²) d’acheter une petite BMW qu’un appartement à Paris. Et oui: prenez une berline allemande à 35 000€ qui fait 5m²: cela vous revient à 7 000€ du m², 20% moins cher que l’immobilier Parisien…

Une feuille de papier au format A4

Posez une feuille de papier au format A4. C’est petit non ? On ne fait rien avec du papier A4. Acheter une superficie grande comme une feuille de papier A4 coûte 500 euros. En admettant qu’un Smicard puisse utiliser 1/3 de ses revenus pour acheter à Paris, il pourra acheter l’équivalent de la surface d’un post-it® chaque semaine. Long avant de pouvoir avoir un appartement de taille décente.

Comptez 506 euros pour une chambre de 12m² et 768 euros pour un studio de 21m². Cela veut dire que : avec un salaire médian, on a le droit d’habiter un clapier à lapin (les smicards n’ont pas le droit d’habiter Paris sauf à partager une chambre en colocation entre plusieurs colocataires) et avec le salaire d’un cadre débutant, on a tout juste le droit d’habiter un studio. Super.

Se loger décemment à Paris

Imaginons un couple avec deux enfants vouloir habiter à Paris. Ils ont des envies modestes : un F3 de 60m², de quoi donner une chambre à chaque enfant et pouvoir vivre un minimum. Pour un tel palace, il faut compter environ 500 000€, soit 550 000€ avec les frais de notaire et d’agence. La banque demandant 20% d’apport initial, il faudra disposer de 110 000€ sur un compte en banque. A moins d’avoir revenu un bien, d’avoir hérité ou d’avoir de très bons revenus, difficile d’en arriver là. Admettons que le couple ait 30 ans pour avoir une telle somme. Quand à l’emprunt, un emprunt sur 20 ans à 3,5% de taux d’intérêt implique des remboursements de 2 540€ par mois.

Vu que les banques n’acceptent un taux d’endettement d’1/3 au maximum, pouvoir se loger convenablement implique des revenus de 7 600 euros par mois. Cela me fait penser à un ami qui me disait « en dessous de 8 000 euros par mois, tu vis mal à Paris ». Je ne le croyais pas, mais au final, il faut 7 000 à 8 000 euros par mois pour faire vivre une famille à Paris. Sinon direction la banlieue ou les clapiers à lapins.

Quant à un célibataire, il lui faudra gagner au moins 3 050 euros par mois net (soit 47 K€ par an) pour avoir le droit d’acheter un studio de 25m² avec emprunt sur 20 ans et apport initial de 44K€… En dessous de 2 000 à 2 500 euros par mois, seul de petits arrangements – colocation, parents garants – permet de se loger. Pour info, 90% des français gagnent moins de 3 000 euros par mois. Cherchez l’erreur.

Mon retour en Chine

Paris n’est vraiment pas fait pour moi. Cela me motive pour retourner en Chine. Outre le côté aventurier et mon réseau que j’ai laissé sur place, en Chine, je peux enfin vivre sans toujours compter. Les cyniques pourront dire que je bénéficie d’une situation anormale (taux de change trop bas) pour mieux vivre. Ils n’ont pas forcément tort. Par rapport au pouvoir d’achat local, mes amis et mois gagnons 4 à 5 fois plus que la moyenne à Pékin.

C’est comme si un Chinois arrivait à Paris et gagnait 5 000 à 6 000 euros par mois. Il vivrait bien. Bon évidemment, on n’a pas un aussi bon train de vie que ça. De nombreux produits Chinois sont relativement chers : les ordinateurs, le transport aérien, les logements ou les habits sont aussi chers qu’en Europe. Mais de nombreux produits sont bon marché – services, transport urbain, restaurants…

En Chine, mes amis et moi pouvons prendre le taxi quand bon nous chante (un taxi = à peine plus cher qu’un ticket de métro en France). Le métro n’est pas un problème (20 centimes), ni le bus (5 centimes) ni aucune dépense du quotidien : Mc Do : 2,5€, massage : 5 à 20€, téléphone : 10€ par mois, coiffeur : 5€… On peut manger au resto souvent (compter 5 euros pour manger à sa faim), ne pas compter quand on sort (le demi de bière coûte 30 centimes dans les bouis-bouis…), apprendre le Chinois avec un prof particulier (8 à 10€ de l’heure).

Un petit week-end à Pingyao m’est revenu à 140 euros (incluant : 1 500 km de train et taxi à Beijing, 1 nuit en hôtel en ultra-centre ville, tour organisé d’une journée, visites, restaurants, massage, sortie en bars…), quand la même chose m’aurait coûté 400 euros en France

Le rush des pays en développement

Ce qui est bien avec Internet, c’est qu’il devient de plus en plus facile de vivre dans un pays émergent. Un de mes amis compte partir en Thaïlande en étant indépendant. Quand il gagnait 1 000 euros par mois à temps complet (stage) en France, il gagnera… 1 000 euros par mois en bossant à 1/3 ou mi-temps (travail en indépendant en freelance) pour un coût de la vie 4 fois moindre qu’en France. Comme si on le payait 4 000 euros par mois (après impôts). En France, cela impliquerait un stress énorme d’un métier stressant. Ici, on parle d’un indépendant qui travaille 15 heures par semaine.

Pour savoir quel pays émergent choisir, outre le climat, vous pouvez utilisez numbeo.com pour connaître le coût de la vie localement. Si je devais choisir, j’irai partir quelques mois en Inde (vie à très bas coût), puis les Philippines (plus cher, mais des îles paradisiaques, ca ne se refuse pas) avant de faire mon trou au Viet-Nam ou encore de partir en vacances en Thaïlande.

Sans aller jusque là, l’Italie ou le Sud de l’Espagne semble un très bon choix. A Grenade, on peut trouver de grands appartements pour 300 euros par mois, le demi coûte 2€ dans les bars, il y a la mer, les montagnes…

 

Un modèle durable ?

Certains me diront : « Oui, mais tu résonnes comme un célibataire. Une famille a besoin de plus d’argent (éducation, santé) et de stabilité. En outre, tu profites de la misère des gens pour mieux vivre, et l’inflation rampante des pays émergents te ruinera sur le long-terme. Et cela contribue au déficit extérieur ».

D’un certain côté, ils n’ont pas tort. Le jour où j’aurai une famille, je voudrai leur inculquer des valeurs françaises, leur offrir une bonne éducation… Or dans de nombreux pays émergents sans état providence, tout se paie : hôpitaux, éducation… Sans compter une inflation d’au moins 10% par an en Chine. Il faut donc augmenter ses revenus de 10% par an en France pour maintenir un pouvoir d’achat stable en Chine.

D’un autre côté, vivre dans un pays émergent a aussi de nombreux avantages. Les français à Pékin n’exploitent pas les Chinois, mais ils créent de nombreux emplois : chauffeur de taxi, coiffeurs, barmans, agriculteurs, restaurateurs… Et les nomades digitaux qui partiront des pays riches vers les pays pauvres contribuent à un rééquilibrage des économies vers un développement plus harmonieux. En faisant sortir des capitaux des pays riches vers les pays émergents, cela aide les pays émergents à se développer tout en luttant contre l’inflation dans les pays riches (moins il y a d’argent qui circule dans un pays, plus les prix baissent), augmentant la compétitivité économique en France. Bref, si des millions de nomades digitaux agissaient comme nous, cela ferait :

– Moins de chômage dans les pays riche

– Développement économique dans les pays émergents : afflux de capitaux + consommation au niveau local

– Vérité économique : dévaluation des monnaies surévaluées, réévaluation des monnaies sous-évaluées

– Augmentation des recettes de l’Etat – impôts payés en France – sans contrepartie en retour – les nomades digitaux à l’étranger n’utilisent que très peu les infrastructures française

– Augmentation de la compétitivité Française

Bref, je suis nomade digital et je repars pour un an en Chine. J’adore la ville de Paris, elle est magnifique, mais je ne souhaite pas y vivre de sitôt. Qu’avez-vous pensé de cet article ?

3 réponses

  1. Didier
    | Répondre

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    Il y a quelques mois, je suis allé à Paris rencontrer un éditeur qui a proposé d’éditer mon livre au format papier d’ici la fin 2012.
     »

    On a remonté le temps ? On n’est plus en 2014 ? Le futur c’est 2012 ?

    Ton système ne fonctionne que parce que tes clients sont en France et paient tes prestations au tarif Français. Si tous les actifs partent en Asie qui va payer 49 € tes e-books ?

    Sur un forum un tes collègues nomade digital crache à longueur de messages sur les abrutis de français qui paient des taxes à l’Etat-racket alors que lui se la coule douce en Thailande. Mais il pleure aussi contre les vilains Africains qui s’isncrivent à ses mailings listes et lui coûtent donc de l’argent sans jamais devenir client (et pour cause la moindre de ses prestations coûtent le salaire annuel moyen d’un africain…)
    Au moins toi tu as la décence d’avoir une structure juridique en France et donc de contribuer à l’effort fiscal et social mais pour combien de temps ? Certains ont déja des structures offshores, d’autres qui faisaient pareil que toi (EI en France) commencent aussi à délocaliser leur structure juridique…

  2. Noël Renson
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    J’ai suivi ton blog il y de ça une belle époque déjà, lors de mes études. Heureux de voir que tout se passe bien, profitant de faire un détour entre deux périodes d’inactivité. 🙂

    Bonne continuation en tout cas, c’est sûrement pas un mode de vie facile!

  3. martin
    | Répondre

    Bonjour Noël

    Que deviens tu depuis tout ce temps? Paris n’est pas facile mais mon avis sur la question a grandement changé depuis. Au final, j’aime bien cette vlle qui est très cool pour le business, même si le prix de l’immobilier est abusé.

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